Introduction

Pourquoi écrire l’histoire de la famille Reding ? Deux photos dans le pêlemêle de la salle à manger de mes grand-parents : Sur l’une un jeune militaire fixe l’objectif. Sur l’autre quatre hommes en habit, entourent un homme âgé et sa femme.

Ma grand-mère m’explique qu’il s’agit du général Reding, entouré de sa famille. Un général ! Il avait une dimension presque mythique à mes yeux d’enfant. Plus tard mon père me recommandera la bijouterie des cousin Schroeder à Luxembourg pour acheter une bague de fiançailles. Papa y a fait dessiner une parure pour maman. Des « cousins » Reding auxquels nous ne savions pas trop comment nous étions liés. De même qu’à un premier-ministre du Luxembourg.

Puis, il y trente-cinq ans, la naissance de mon fils, ainé et le souci d’en savoir plus sur l’origine de la famille. J’interroge mes grand-parents, je glane quelques informations aux Archives Générales du Royaume et dans les services de population. J’ai du pain sur la planche, avec les familles de mes parents, aux ramifications innombrables. Mais d’emblée, la famille Reding m’intrigue : le théâtre du Parc, l’Eventail, Les Galas Karsenty, le couple de pianistes Piette-Reding. Il y a aussi les militaires. Et ces cousins dénoncés par leur voisin pendant la guerre, morts en camp de concentration. Et la tante Paula, que l’on voyait une fois l’an, lors de fêtes de fin d’année. Tous descendent d’un médecin d’Arlon. A Montpellier, je retrouve la thèse de ce médecin dédiée à ses oncles prêtres. Je ne parviens pas à remonter au-delà de Jean Reding, drapier, grand-père du docteur d’Arlon. Je rassemble toutes les informations sur la famille dans un dossier d’une vingtaine de pages que je distribue à mes frères et sœur. Mes recherches s’arrêtent là. Je me concentre sur ma carrière.

Trente-cinq ans plus tard j’ai levé le pied et pris ma retraite. Des Etats-Unis un inconnu m’écrit pour demander des renseignements sur la famille Reding. Il m’apprend que mon ancêtre le drapier s’est remarié et a eu, à 55 ans passés, cinq autres enfants. Il descend de l’un deux qui a émigré aux Etats-Unis. Je rouvre le dossier Reding. En trente ans le monde a changé : l’internet met à disposition immédiate une masse infinie de renseignements. Et chaque trouvaille amène de nouvelles questions et découvertes : L’emploi des langues au Luxembourg, le stévénisme, l’interdiction des jésuites, l’importance de l’abbaye de St Hubert, le régime autrichien, l’émigration vers les Etats-Unis, le système féodal, l’occupation française, et j’en passe. L’histoire familiale devient une promenade fascinante à travers l’histoire tout court. Se révèlent aussi des hommes avec leur histoire, parfois triste, parfois glorieuse, mais toujours humaine. C’est l’histoire de ces hommes et femmes que je veux raconter, en essayant de les rendre vivants, et de saisir au plus près la réalité de leur époque.

Tout cela n’aurait pas été possible si depuis des siècles, des greffiers, des curés et des notaires n’avaient conservé actes et pièces de procédure, registres paroissiaux et autres dénombrements à travers les guerres, les épidémies et l’usure du temps. Merci à eux ! Et merci à tous ceux qui m’ont permis de découvrir ces documents ou de les comprendre : Monsieur Jean-Claude Muller et Madame Nadine Zeien, archiviste générale aux Archives Nationales à Luxembourg, Madame Marie-Paule Bodeaux, d’Arlon, Monsieur Bernhard Schmitt, directeur des Archives Diocésaines de Luxembourg. De même Monsieur Georges Eischer, Monsieur Nicolas de Young qui m’ont traduit quelques documents essentiels.

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